CHRONIQUE DE LA DOULEUR : UN BALADO

Mon nom est Anne St-Denis, ex-chorégraphe, danseuse et professeure de stretching-danse. Depuis près de 7 ans, je suis aux prises avec la douleur chronique. Avec l’aide de mon amoureux, j’anime ce balado. Je parle de douleur chronique, mais pas seulement. Je parle de ce qui m'arrive, de ce qui me passionne, de ce qui me révolte. Je parle de l’expérience que j’ai acquise au quotidien dans la compréhension et la gestion de la douleur. Je parle aussi de ce que la douleur m’a apportée intérieurement et même… spirituellement. Les chemins de la réadaptation (je n'ose dire guérison) sont multiples et très surprenants. Ce balado thérapeutique a été ma planche de salut. En parlant, j’arrive à faire de mes douleurs quelque chose de constructif et de créatif. Ce faisant, j'espère encourager ceux qui souffrent de la même maladie à parler et à créer quelque chose, eux aussi. Comme l’écrivait l’un de mes auditeurs : Merci... ça fait du bien de constater qu’on n’est pas seul. La douleur chronique est une maladie qui se vit dans le silence et l’isolement. Créer pour briser le silence et l’isolement est l’une des voies menant... à la guérison. Bienvenue et bonne écoute!

La parole qui soulage et guérit

Freud le disait : « Il n’y a de cure que par la parole. » La voix, son timbre, son intensité, ses inflexions, son rythme, les mots utilisés, leur liaison en phrases claires ou confuses, leur interruption chargée de silence et d’émotions, la manifestation de ces émotions (larmes, cris, soupirs), tous ces éléments et leurs nuances sont la base de la thérapie… et d’une possible guérison. Car la parole guérit. Encore faut-il qu’elle puisse s’exprimer et être entendue.

Lorsqu’Anne et moi avons entrepris ce projet de balado sur la douleur chronique, j’avais dans l’idée, plus ou moins consciemment, de trouver une solution au problème que rencontrent les personnes atteintes de cette maladie : l’incrédulité du personnel soignant.

Combien de fois n’ai-je pas vu Anne tenter de convaincre un médecin, une infirmière ou un quelconque thérapeute de la réalité de ses douleurs. En vain. La souffrance n’apparaît pas aux rayons X. Il faut l’écouter.

Écouter la souffrance prend non seulement du temps, mais une oreille aussi attentionnée qu’attentive. Je dirais même une oreille musicale. La majorité des « spécialistes » que nous avons rencontré au fil des ans sont durs d’oreille, n’ont aucune oreille, ou sont carrément sourdingues. Comment espérer être entendu et surtout, être cru dans de telles conditions?

Cette surdité de la « médecine officielle » est symptomatique d’un parti pris :

« La biomédecine érige le corps, transformé en organisme, comme seul objet de son attention. Le patient est renvoyé à un rôle secondaire et passif, son expérience n’apportant que des éléments anecdotiques pour le jugement du médecin. La biomédecine s’est constituée autour de la vue, elle a rendu secondaire l’écoute et donc la parole du patient. » (Le Breton 2007)

Rendre la parole aux malades

Être entendu et être cru est le plus grand défi que rencontre le douloureux chronique qui s’aventure dans les méandres du système de santé. C’est infiniment frustrant. Sa parole et la reconnaissance de sa souffrance sont primordiales au succès de sa réadaptation / rémission. Pour lui, pour elle, c’est une question d’identité. Pour celui qui soigne, pour celui qui accompagne et soutient, c’est une question d’empathie. Empathie : capacité à ressentir les émotions de quelqu’un d’autre, de les comprendre, et de se mettre à sa place pour répondre à ses besoins.

Le fait est qu’à partir du moment où Anne a commencé à s’enregistrer (à cause de ses douleurs, elle ne peut utiliser une plume ou un clavier pour écrire), elle a commencé à aller mieux. Avec à ce balado, nous avions trouvé le moyen de faire entendre sa voix et libérer sa parole.

La douleur chronique est une maladie complexe. Parler ne règle pas tout, mais c’est un sacré bon point de départ!

En ce jour du souvenir, voici le tout premier billet d’Anne, en forme de litanie, daté de septembre 2015. Quatre minutes qui ont fait beaucoup du chemin, mine rien 🙂

Anne vous parle

      Vous arrive-t-il? - 4 m

1 commentaireVotre opinion ?


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    Rachel

    Magnifiquement dit, magnifiquement écrit. Il est à souhaiter que ceux qui ne savent écouter ou entendre puissent lire ce billet plein d’émotions. Bravo et courage!

CommenterMerci de rester courtois

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